J-1 avant l'ouverture. Je n'en peux plus. L'expression, je suis usée prend tout son sens. Mon corps le sens, mais pas ma tête, alors je continue.
Je mets tout en place, tourne en rond, retouche sans arrêt à ma déco. J'ai mis de l'encens, de la musique. J'adore l'ambiance. Mes clients devraient l'aimer aussi.
Je fais le tour des commerçants, pour leur annoncer que je suis prête. Prête à les accueillir, prête à ouvrir, prête à accomplir mon rêve. Prête.
Un coup de fil à mes parents, à mes amis... Je suis prête à ouvrir mon 1er commerce demain.
Ils hallucinent complet. Eux qui ne m'entendent plus depuis plusieurs jours, voire mois, sont stupéfaits par ma détermination.
Ils viendront demain, comme tout le monde et ils découvriront... Ils verront pourquoi je me bats depuis plusieurs mois.
Je tourne en rond, je n'ai plus rien à faire, tout est à sa place, mais je me trouve des prétextes pour ne pas rentrer.
Finalement j'y vais. Dans mon appartement, je me pose mille et une question. Est-ce que ça va marcher ? Comment je vais faire, il risque d'y avoir trop de clients ?
Comment est-ce que je fais pouvoir prendre le téléphone et répondre aux clients ? Comment je vais faire pour aller déposer mon argent à la banque, je peux pas fermer la boutique ?
Epuisée, je plonge dans le sommeil.
Je suis réveillée depuis 5 heures du matin, j'ai encore une fois oublié de manger. Je me prépare depuis plusieurs minutes.
Je suis apprêtée comme pour une grande occasion et me souhaite good luck devant le miroir.
Les bouchons me paraissent longs, j'ai le regard vide, me demande à quelle heure mon premier client franchira le seuil.
Nous sommes le 1er juillet 2005, ce jour là j'ouvre la porte de mon "institut de beauté et de relooking universel", c'est ce que j'avais mis sur la porte, comme jamais je ne l'ouvrirai une autre fois.
Le sentiment que je ressens à ce moment-là est unique. Je ne le revivrai plus jamais. Je ne suis pas stressée, je suis libre.
Je passe le pas de la porte et me voilà sur le terrain pour la conquête.
Nous sommes 2h avant l'ouverture officielle. Je vais pouvoir encore tout vérifier.
Les minutes passent, plus que quelques unes avant le début d'une autre vie.









